15 Artistes Chinois

exposent au resto U Esplanade

organis¨¦ par CROUS de Strasbourg et Associaiton Internationale Sinoccygen

Du 10 f¨¦vrier au 30 mars 2010

Il est un pr¨¦jug¨¦ assez r¨¦pandu : l¡¯art chinois traditionnel, et la culture chinoise en g¨¦n¨¦ral, rev¨ºtiraient une telle complexit¨¦ qu¡¯aucun d¡¯entre nous, profanes occidentaux, ne pourrait y goûter pleinement. La Chine, c¡¯est la sagesse mythique ; la Chine, c¡¯est l¡¯au-del¨¤ du globe, l¨¤ o¨´ (pr¨¦tendent les histoires enfantines) les gens marchent la t¨ºte en bas sans tomber dans le ciel et parlent une langue que personne ici ne comprend ; le lieu dont on ne connaît que la surface touristique et politique, tout en sachant qu¡¯au-dessous r¨¦sident des tr¨¦sors imm¨¦moriaux de culture et de civilisation. Alors on croit, quand on est b¨ºte et enfant, que l¡¯art chinois marche la t¨ºte en bas, parle une langue que personne ici ne peut comprendre, et contient des tr¨¦sors que personne, jamais, ne pourra appr¨¦hender en Occident. L¡¯Orient et son art : des ¨¦nigmes, des labyrinthes, des jeux de piste perdus d¡¯avance ¨C ¨¤ moins de devenir Chinois, peut-on croire a priori.

De m¨ºme, lorsque je rencontre un voyageur venu de loin (de Chine ou d¡¯ailleurs), s¡¯il m¡¯apparaît ¨ºtre un ambassadeur altier de sa culture alti¨¨re, j¡¯aurai face ¨¤ lui la sobre retenue qu¡¯exigent la politesse et la timidit¨¦ ¨C et j¡¯en garderai une grande frustration. Mais que l¡¯¨¦tranger montre ce qu¡¯il est, lui, au-del¨¤ de sa culture, qu¡¯il fasse voir comment il l¡¯habite et la d¨¦passe, et j¡¯irai vers lui, en confiance, pour tenter l¡¯alchimie d¡¯un m¨¦lange.

Or ces toiles-ci sont les voyageurs de leur culture, au-del¨¤ de leur culture. Chacune et chacun de ces cr¨¦atrices et cr¨¦ateurs s¡¯invente son propre terrain et ses propres outils, au milieu de l¡¯immense champ des techniques chinoises traditionnelles ou ¨¤ sa frange ; d¨¨s lors, il ne nous est pas possible de plaquer leurs œuvres sur les rares « mod¨¨les » anciens que nous ayons vus au d¨¦tour d¡¯une salle du mus¨¦e Guimet ou d¡¯un manuel quelconque. Nous sommes livr¨¦s ¨¤ nous-m¨ºmes, et livr¨¦s ¨¤ la toile, et enfin ¨¤ m¨ºme de jouir pleinement, d¡¯abord, de l¡¯aspect sensoriel, de la finesse ou de la puissance, de la lenteur contemplative ou de l¡¯urgence, de ces œuvres. Puis nous irons vers le sens d¡¯un pas naturel, vers ce qui sous-tend le papier ou la toile, vers ce qu¡¯il y a au-dedans de la peinture, sans complexes ; au lieu de rester au-dehors de la toile dans l¡¯effroi de penser ou prof¨¦rer une b¨ºtise et de briser le sens myst¨¦rieux, comme une belle mais fragile porcelaine chinoise.

Ces œuvres s¡¯offrent, et appellent ; alors que l¡¯art traditionnel chinois (¨¤ nous, incultes) peut faire peur, et exclure. Elles nous appellent, nous saisissent et laissent entre les traits, les points, les ombres, les blocs de couleurs et de mati¨¨res, suffisamment d¡¯espace pour que notre propre mati¨¨re mentale, notre esprit, notre id¨¦e, puisse s¡¯ins¨¦rer, plonger, et faire sienne la toile, comme l¡¯air que l¡¯on respire ou la nuit lumineuse dans laquelle, pensif, le promeneur s¡¯enfonce, avec confiance.

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J-B Navlet

Ecrivain et Professeur en français

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